Gibrat : maître du 9e Art et figure majeure de la bande dessinée historique
Né en 1954 à Paris, Jean-Pierre Gibrat publie ses premières bandes dessinées entre 1978 et 1981, mettant en scène Goudard sur des textes de Jackie Berroyer. Fin 1982, toujours avec Berroyer, il dessine La Parisienne, qui rencontrera ensuite Goudard. Dans les années 1990, avec Guy Vidal et puis Dominique Leguillier, il participe à des livres pour Médecins sans frontières et leurs missions en Thaïlande, Afrique et Guatemala. En 1995, il s’essaye à l’érotisme, avec Pinocchia (textes de Francis Leroi, une histoire prépubliée dans L’Écho des Savanes). En 1997, dans la collection Aire Libre des éditions Dupuis, il publie le premier tome du diptyque (conclu en 1999) Le Sursis, sur lequel il est auteur complet, et qui rencontre un incroyable succès. Julien Sarlat, qui observe la vie d’un village de l’Aveyron en 1943, personnage auquel le destin n’a donné qu’un sursis, et sa Cécile, conquièrent les lecteurs. Dans le droit fil du Sursis, et dans la même collection trois ans plus tard, Gibrat livre un récit somptueusement colorisé, Le Vol du Corbeau, qui met en scène la jeune résistante Jeanne et le cambrioleur François dans le Paris occupé. La suite et fin paraît en 2005. Jean-Pierre Gibrat s'est vu remettre, le 26 janvier 2006, le Prix du dessin au Festival d'Angoulême pour le second tome du Vol du corbeau. Un grand changement pour cette série puisque Jean-Pierre Gibrat écrit lui-même ses histoires, se révélant un conteur et un dialoguiste hors pair. Et c'est en écrivant pour lui-même qu'il ose pousser plus loin son dessin, élégamment plus maîtrisé, et qu'il donne à ses couleurs la générosité de la séduction. La troisième période commence avec la parution, en octobre 2008 chez Futuropolis, de Mattéo, première époque, 1914-1915. Jamais Jean-Pierre Gibrat n'avait donné à son écriture un tel éclat. Son dessin n'est pas en reste, s'affranchissant plus que jamais de la pesanteur de l'encrage, plus libre dans son expression, comme ses couleurs. Il s'émancipe du superflu pour tendre à l'essentiel : la narration, le sens et la lumière. Il obtient en 2010 le Grand Boum - Grand Prix du Festival de la BD de Blois pour l'ensemble de son œuvre, après avoir reçu en 2003 le Sanglier d'argent attribué au meilleur dessinateur du Prix Albert Uderzo.
Pour moi, Jean-Pierre est surtout un formidable conteur. Ses histoires, empreintes d’humanité, nous entraînent dans les méandres de la grande Histoire à hauteur d’homme (et de femme !) Son dessin transpire l’empathie et la sympathie qu’il a pour ses personnages.
Sébastien Gnaedig (Directeur éditorial de Futuropolis) – Extrait du catalogue de la vente aux enchères Daniel Maghen de juin 2024
Je commence par établir un crayonné très minutieux, très structuré. Ma documentation ? Je la pioche sur Internet. J'ai conscience de faire œuvre de fiction, je ne suis pas un fétichiste de l’authenticité. Mais la cohérence demeure la première de mes exigences. Je ne pense pas du tout en terme de couleurs. Ce qui les fait vibrer, c’est juste la lumière. Une fois celle-ci bien posée, je passe à la couleur et là, je fais chanter la quadri ! Un dessin en couleur est réussi si la lumière est réussie. Tout intervient successivement sur la même feuille. Du sans filet ! Impossible d’éclaircir une teinte. Une fois posée, elle est posée. Si je me plante, il me faut tout recommencer.