Enki Bilal
- Science-fiction
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- Ésotérique
- Thriller
- Post-apocalyptique
- Road trip
Le visionnaire
Bilal est l'un des illustrateurs et auteurs de bande dessinée parmi les plus importants de cette époque. Né en 1951 en Yougoslavie d'un père bosniaque et d'une mère slovaque, Enki Bilal arrive à Paris en 1960. En 1971, il gagne un concours de bande dessinée pour le journal Pilote, alors creuset de la nouvelle bande dessinée française. Il y publie sa première histoire : Le Bol maudit (1972). Sa rencontre avec Pierre Christin en 1975 inaugure la première période de son œuvre où il s'exprime par un dessin puissant aux fortes thématiques politiques. Cela donne le triptyque des Légendes d'aujourd'hui : La Croisière des oubliés (1975), Le Vaisseau de pierre (1976), La Ville qui n'existait pas (1977). Dans la foulée, en visionnaires, Bilal et Christin chantent la fin d'un siècle finissant marqué par la fin du régime fasciste espagnol et la chute du communisme soviétique : c'est le diptyque Les Phalanges de l'ordre noir (1979) et Partie de chasse (1983).
Parallèlement, Bilal contribue à l'émergence d'une bande dessinée de science-fiction dont Métal Hurlant est la figure de proue. Cela donne Exterminateur 17 (1979), et surtout La Trilogie Nikopol : avec La Foire aux immortels (1980), La Femme Piège (1986) et Froid Équateur (1992), il met en place un univers d'une puissance d'évocation exceptionnelle. C'est à partir de cette trilogie qu'il travaille ses planches en couleurs directes — une approche révolutionnaire pour l'époque — avec un talent incomparable qui lui vaut une reconnaissance internationale. Bilal devient alors un illustrateur très demandé. Bientôt, le cinéma fait appel à lui. Il réalise sur verre les décors de La Vie est un roman d'Alain Resnais (1982), et signe aussi l'affiche de Mon Oncle d'Amérique (1984). Il fait des recherches graphiques pour Le Nom de la rose, le film de Jean-Jacques Annaud d'après le roman d'Umberto Eco (1985). Consécration suprême : en 1986, Bilal devient Grand Prix de la ville d'Angoulême, la plus haute récompense pour un auteur de bande dessinée en France. Il est également élevé au rang de Chevalier de l'ordre national du Mérite et devient Officier dans l'ordre des Arts et des Lettres.
Ces dernières années, sa carrière se partage entre la bande dessinée avec la Tétralogie du Monstre (de 1998 à 2007) et la trilogie du Coup de sang (de 2009 à 2014), les arts visuels avec les décors et costumes de Roméo et Juliette de Prokofiev (1990) et de l'opéra O.P.A. Mia de Denis Levaillant (1990), et le cinéma. On lui doit en effet trois films : Bunker Palace Hôtel (1989), Tykho Moon (1996) et Immortel Ad Vitam (2004) qui ont marqué l'histoire du cinéma français tant par leur approche esthétique originale que par la richesse des univers qu'il évoque. Bilal fait le pont entre la bande dessinée et les derniers développements de l'art contemporain où le décloisonnement entre le « low » art (la bande dessinée) et le « high » art est de mise. « Si Enki Bilal s'est hissé parmi la fine fleur de l'art contemporain, c'est qu'il a su s'abstraire de ses influences pour créer son propre univers graphique », peut-on lire dans Le Monde. Il a d'ailleurs été exposé au Louvre ou au Musée des Arts et Métiers. Il est, selon L'Express, « avec Soulages et Buren, l'un des artistes français vivants les plus cotés sur le marché international ». Il est vrai qu'en dépit de ses millions d'albums vendus dans des dizaines de langues (dont l'anglais, le japonais, le chinois, le brésilien, l'allemand et le turc), Bilal a réussi à sortir la bande dessinée de sa bulle en prolongeant son univers sur les écrans et... sur les murs.
En 2026, il ouvre le Fond Enki Bilal en plein cœur de Paris, un espace dédié aux formes plurielles de l’art contemporain, mettant en lumière des artistes emblématiques de notre époque.
Avec La Foire aux Immortels, Bilal pose les bases d'un univers fantastique que l'on retrouvera bientôt au cinéma et dans les jeux vidéo. Sa mue graphique est achevée : devenu orfèvre de la couleur directe, il applique à la bande dessinée les transparences de la peinture sur verre qu'il avait expérimentées en dessinant les décors du film d'Alain Resnais, La Vie est un roman (1982)
Didier Pasamonik